23/03/2014

UN DOCUMENTAIRE QUI VOUS FERAIT (PRESQUE) AIMER LES MATHS par Véronique JANZYK

Cette semaine sort dans nos salles Comment j’ai détesté les maths, un documentaire d’Olivier Peyon qui tient de la tentative de réconciliation avec la reine des sciences. Pour autant, le cinéaste n’occulte en rien les difficultés qu’elles représentent pour nombre d’enfants et d’ados.

Un documentaire qui vous ferait (presque) aimer les maths

Olivier Peyon aurait donc détesté les maths. Aujourd’hui, après trois ans de recherche, de rencontres et de réflexion, il les détesterait beaucoup moins. « Ce temps mis, c’est peut-être le luxe d’une vie, commente-t-il. Tout est parti d’un ami chercheur pour qui un réel esprit de liberté souffle dans les maths. Au point de prétendre que si on enseignait l’esprit de liberté des maths aux enfants, tous les élèves deviendraient des rebelles ». Or, pour Olivier Peyon, les mathématiques relèvent plutôt du cauchemar, en partie parce qu’il y voit à l’œuvre de la rigidité, de l’élitisme et surtout, derrière eux, un mécanisme de sélection 

Mathophobes

Le film Comment j'ai détesté les maths est scindé en deux parties. Il y est d’abord question de l’enseignement et de l’apprentissage des mathématiques. Des jeunes expriment leur malaise face aux maths, voire leur haine à leur égard. D’entrée de jeu, on trouve le témoignage d’Anna Siety, psychopédagogue, qui ne mâche pas ses mots : « Face aux maths, certains élèves ont l’air de demeurés. Elles leurs demandent une énergie folle. Ils peuvent passer des heures à ne pas en faire ! ».
Internet regorge de témoignages de jeunes dépassés par les maths et ce, dans toutes les langues. Pour peu, être nul en maths, ils s’en feraient une gloriole. « Cette revendication de l’échec m’a interrogée, explique le réalisateur. On ne voit pas ce genre de comportements à l’égard de la littérature ou de l’histoire, par exemple. »

Sens et plaisir

Après la rencontre avec les élèves, c’est au tour des enseignants auprès desquels Olivier Peyon recueille des témoignages. Oui, il est possible d’être créatif, d’expliquer les maths à partir d’images. L’un recourt à l’image du chapeau pour l’ellipse, l’autre à celle du toboggan pour évoquer le point d’inflexion et la dérivée seconde. « Il faut faire des maths une histoire mystérieuse qui enchante les enfants », affirme un témoin.
La pédagogie Montessori apparaît aussi comme une piste intéressante. « La pression n’est pas mise sur les enfants, explique un père, on les laisse venir aux maths. On les laisse apprivoiser la matière. La perception des maths est plus positive. C’est un fameux avantage sur le long terme. »
Parole ensuite aux mathématiciens, certains plus prestigieux que d’autres. On les voit au travail, réfléchir, seuls ou en groupe. Réfléchir, c’est-à-dire aussi douter et créer… « Il fallait qu’ils aient l’envergure de personnages de cinéma, raconte Olivier Peyon, qu’ils soient amples, qu’ils nous touchent, qu’ils proposent un ailleurs, aient un regard, une capacité d’analyse qui puissent nourrir et faire avancer le sujet. »

Ne pas se laisser déposséder

Éducation, recherche, technologie, internet, finances, les maths sont partout. Peyon filme entre autres Georges Papanicolaou, professeur de mathématiques financières à Stanford, producteur de ces traders qui ont fait fortune en manipulant les Bourses et les prêts bancaires à coups de modèles sophistiqués et qui ont  joué un rôle décisif dans les crises financières récentes.
« Le vrai sujet du film, explique Olivier Peyon, c’est la responsabilité, celle des mathématiciens et des scientifiques bien sûr, mais pas seulement. Il pose également la question de notre propre responsabilité, de notre renoncement à essayer de comprendre. »
C’est d’ailleurs la conclusion du mathématicien Gert Martin-Greuel : « Ne croyez aucune autorité, vérifiez par vous-même. Réfléchissez, pensez, développez vos propres idées. N’arrêtez jamais ».  Les valeurs mathématiques rejoignent les valeurs humaines. Il faut s’en souvenir pour mieux aimer les maths.

Véronique Janzyk

EN SAVOIR +

 

L'article de Véronique Janzyk est tiré de Le ligueur.be:

https://www.laligue.be/leligueur/articles/un-documentaire-qui-vous-ferait-(presque)-aimer-les-maths

16:34 Écrit par eric-allard - dans Pédagogie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.