22/05/2011

Mathématiques, ma chère terreur

 Corps et maths

Nous avons tous connu, peu ou prou, des blocages en mathématiques. Anne Siéty montre, que, contrairement aux idées répandues et une certaine doxa, on fait des mathématiques avec son corps, en y incluant émotions et affects. D’autant plus que le langage mathématique use de mots polysémiques qui résonnent à l’extérieur de la discipline.: limites, identités remarquables, racines, puissances, inconnues... Sans cesse, écrit Anne Siéty, les termes mathématiques réveillent des questionnements des émotions, évoquent des images variées.

C’est à croire, précise-t-elle, que les mathématiques, au lieu de se construire leur propre nid, de se forger leurs propres concepts, sont allées piller, pêle-mêle, le trésor de mots liés à l’âme humaine – des mots du psychisme, de l’émotion, et des grandes questions. « L’émotion, les fantasmes, les grandes questions humaines constitueraient à mon sens le « support officieux » dont les mathématiques ne sauraient se passer. »

Faire sans, les « abstraire » de l’étude des mathématiques serait les maintenir dans le refoulé, dans un territoire mental qui, au lieu de s’en faire un allié, risquerait, chez les plus poreux des apprenants, de les braquer contre des notions employant ces termes équivoques.

Ne pas prendre en compte la totalité de la personne opposée aux maths, c’est les réduire à des « automathes », qui risquent de devenir des « traumathisés ».

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« Ainsi, il est possible que la difficulté des mathématiques réside, non en ce qu’elles ne concernent pas l’humain, mais en ce qu’elles le touchent de très près. »

Après avoir cerné l’image que donne le prof de math (en dehors de la réalité, fantomatique, sadique, télépathe...), l’auteure nous montre que celui qui s’affirme nul en maths trouve parfois dans cette posture une forme de sécurité qui l’empêche de faire des efforts et de se découvrir, de prendre des risques... Elle les appelle des « enfants bulles ». Les faire sortir de leur repli provoquera à coup sûr, dans un premier temps, une déstabilisation.

Mais ce qui bloquerait davantage le « traumathisé », c’est une absence de prise en compte du substrat personnel dans l’apprentissage car « le corps conditionne notre pensée » et « pour assimiler une notion mathématique, il apparaît fondamental de reconnaître sa parenté avec le corps. » A contrario les mathématiques peuvent être l’occasion pour l’apprenant d’une rencontre avec son propre corps. Dès lors, le corps nié revendiquerait ses droits, et l’abstraction qui, pour Siéty est la caractéristique principale des mathématiques deviendrait détestable. Lever les blocages en mathématiques passe par la parole. Mettre des mots, des émotions, même négatives, sur ses blocages, c’est amorcer le processus de « résolution ». Dans ce travail qu’elle fait avec des élèves en difficulté, la psychopédagogue fait retour sur le corps, le concret, l’éloignement momentané de la sphère mathématique par le biais des histoires pour, dans ce mouvement de « recul », rétablir quelque chose qui s’était déplacé, le remettre en fonction à nouveau dans les mathématiques, en intelligence avec le corps.

Sans aller jusqu’à psychologiser à outrance la pratique mathématique quand elle est défaillante, on peut mettre le doigt sur des conflits d’ordre psychologique qui, non levés, non résolus, vont continuer à résonner avec la notion mathématique en souffrance. Elle cite divers cas à l’appui de sa thèse comme cette élève, guidée par la psychothérapeute, qui assimile l’usage des parenthèses à l’occupation de sa chambre par son frère et qui dès lors ne trouve aucune utilité à leur usage tant qu’elle n’a pas décidé de fermer l’accès du lieu à l’importun qui, jusque là occupait son espace privé sans vergogne.

Un livre qui, s’inscrivant dans la lignée des travaux et conclusions de Stella Baruk, pose, dans une langue claire, les bases d’une approche autre de l’apprentissage des mathématiques.
E.A.

Nul en maths, c'est dans la tête: une interview d'Anne Siéty

http://www.psychologies.com/Famille/Education/Scolarite/A...

12:42 Écrit par eric-allard - dans Livres | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

quel dieu peut imposer ses axiomes ? la mathématicien lorsqu'il décrète que deux droites sont toujours sécantes, par exemple, dans tel univers...

Écrit par : M. | 25/05/2011

quel dieu peut imposer ses axiomes ? la mathématicien lorsqu'il décrète que deux droites sont toujours sécantes, par exemple, dans tel univers...

Écrit par : M. | 25/05/2011

Bonjour,

Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.

Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.

La Page No-25, THÉORÈME DE L'ÂME

LES MATHÉMATIQUES DE L'ÂME HUMAINE !

Cordialement

Clovis Simard

Écrit par : clovis simard | 19/06/2011

Celà me fait très plaisir d'avoir découvert ce weblog, je trouve qu'il est vraiment bien rédigé et les posts que vous postez sont sympa.

Écrit par : 2ememain | 11/01/2012

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